Une formation pour une Église malienne unie et fraternelle
Du 14 au 17 septembre puis du 17 au 20 septembre 2025, le Centre d’accueil Marie Delhez de l’Institut des Filles du Cœur Immaculé de Marie (FCIM), situé à Koulikoro, à environ 60 km de Bamako, a accueilli deux groupes successifs pour une session de formation sur le thème : « La pastorale du bien-être et l’écoute des personnes vulnérables ». La formation a été animée par le Directeur du COPAC, le Père Messingué Jean, en collaboration avec la Sr Thérèse Samake, l’initiatrice du projet au nom de sa congrégation et avec le soutien de Missio Aachen.
Organisée dans la paroisse Saint-Pierre de Koulikoro, relevant de l’archidiocèse de Bamako, cette rencontre illustre la collaboration étroite entre les prêtres diocésains du Mali et les Filles du Cœur Immaculé de Marie, seule congrégation religieuse autochtone du pays.
La première session a rassemblé 44 participants (prêtres et religieuses expérimentés, ayant pour la plupart neuf ans ou plus de sacerdoce ou de vie religieuse). La seconde a réuni 48 participants (jeunes prêtres de 0 à 5 ans de sacerdoce et jeunes religieuses FCIM de 6 à 20 ans de vie religieuse). L’enjeu était clair : permettre aux fils et filles de l’Église du Mali de travailler ensemble, dans la complémentarité de leurs vocations, pour le développement de l’Église et le bien-être de tous ses membres.
1.Des cérémonies d’ouverture et de clôture empreintes de solennité

La formation a été rythmée par des moments officiels qui ont donné à la session une portée particulière.
À l’ouverture du premier groupe, Sœur Esther Théra, Supérieure Générale des FCIM, a situé l’initiative dans la mission de l’Institut : contribuer au renforcement des capacités des prêtres et des religieuses, promouvoir une pastorale de proximité et encourager la prise en charge des personnes vulnérables. Elle a ainsi introduit la rencontre dans une dynamique d’engagement et de responsabilité partagée.
Elle fut suivie de l’abbé Julien DAKOUO, Secrétaire Général de l’Union des Prêtres du Mali, qui a exprimé sa satisfaction pour la réalisation de ce projet commun. Il a souhaité que cette expérience ouvre la voie à une collaboration plus riche et plus féconde entre prêtres et religieuses au service de l’Église.
Enfin, Mgr Robert CISSE, Archevêque de Bamako et Président de la Commission clergé, religieux et religieuses, a prononcé l’ouverture officielle. Dans son allocution, il a insisté sur le caractère unique et inédit de cette session dans l’histoire de l’Église au Mali : jamais auparavant une telle formation n’avait rassemblé, autour d’un même thème, prêtres diocésains et religieuses autochtones.
À la clôture du premier groupe, Sœur Esther a repris la parole pour réaffirmer l’engagement des FCIM à soutenir la formation continue et l’accompagnement pastoral, afin de répondre aux défis actuels.
La clôture du second groupe a été marquée par deux interventions complémentaires : un mot de remerciement des participants, qui ont exprimé leur gratitude pour la richesse de l’expérience, et le mot de clôture officiel de Mgr Robert CISSE. Empêché d’être présent, il fut représenté par l’abbé Gilbert KONATE, Recteur du Moyen Séminaire Pie XII de Koulikoro, qui rappela avec force que les fruits de cette formation devraient se traduire dans les relations fraternelles, dans la mission pastorale et dans l’accompagnement concret des personnes vulnérables
2. Un formateur expérimenté au service d’une Église de proximité
La session a été animée par le Père Jean MESSINGUE, Difondateur du Centre de Counseling Professionnel et Pastorale Clinique (COPAC). Fort de son expérience, il a conduit les participants à réfléchir sur des thématiques essentielles pour l’avenir pastoral :
- le bien-être et ses indicateurs,
- la vulnérabilité et ses multiples visages,
- le cléricalisme et ses dangers,
- le leadership synodal,
- le ministère de l’écoute,
- la formation permanente,
- et la promotion du bien-être au service de la dignité humaine.
En pleine salle de formation lors de la deuxième session
À travers ses enseignements, il a rappelé que l’Église a besoin de leaders proches, capables d’écouter, d’accompagner avec humilité et de promouvoir la dignité de toute personne.
3. Des groupes mixtes dans un climat de prière et de fraternité
Un des points forts de la session fut le travail en groupes hétérogènes, réunissant prêtres et religieuses. Les uns ont partagé leur expérience de la vie paroissiale, les autres celle de la vie communautaire et du service direct auprès des populations. Ces échanges ont confirmé que, malgré la diversité des parcours et des ministères, tous sont appelés à marcher ensemble au service d’une même mission : annoncer l’Évangile en paroles et en actes, avec une attention particulière aux personnes vulnérables.
La formation s’est également déroulée dans un climat profondément spirituel et fraternel. Chaque journée était rythmée par la messe le matin et les vêpres le soir, rappelant que toute mission prend sa source dans la rencontre avec Dieu. Le soir, les temps de détente jeux, chants et danses ont renforcé la convivialité et bâti une véritable communion. Ces moments simples et joyeux ont montré que l’Église-Famille de Dieu se construit autant dans la prière que dans la fraternité partagée.

Photos de famille de la deuxième session après une Messe célébrée
4.Un enracinement culturel des notions de bien-être et de vulnérabilité
Les échanges en groupes ont également permis d’explorer les notions de « bien-être » et de « vulnérabilité » dans la richesse des langues et cultures locales. Chaque participant a cherché à exprimer ces réalités à partir de l’héritage linguistique de ses ancêtres.
Parmi les traductions proposées, une expression en langue Sénoufo a particulièrement marqué les esprits : « visage frais », utilisée pour traduire le bien-être. Cette image forte souligne qu’être en paix avec soi-même et avec les autres, c’est refléter une sérénité intérieure qui transparaît dans le visage et dans les relations humaines.
Une autre particularité de ces échanges fut la traduction des ressentis en images et en dessins, à l’image des enfants qui expriment leurs émotions par des symboles simples et parlants. Cette démarche a permis de donner une forme concrète aux notions travaillées, de stimuler la créativité et de favoriser une compréhension plus profonde et incarnée des réalités pastorales.
Ainsi, la formation n’a pas seulement apporté des outils conceptuels et pastoraux ; elle a aussi permis d’ancrer la réflexion dans la sagesse africaine et dans un langage symbolique accessible, ouvrant de nouvelles pistes pour une pastorale véritablement inculturée.
5. Des voix qui s’expriment
La Supérieure Générale des FCIM, Sœur Esther Théra
« En marchant vers les cent ans de notre congrégation, nous avons senti l’urgence de renforcer nos capacités en pastorale. Aujourd’hui, avec l’insécurité, la guerre, les abus, beaucoup de personnes souffrent, y compris au sein de nos communautés. Certaines religieuses elles-mêmes traversent des épreuves. Notre charisme, c’est l’évangélisation. Et évangéliser, ce n’est pas seulement annoncer la Parole. C’est mettre l’homme debout, spirituellement, psychologiquement et humainement. L’Église ne peut plus se limiter à appeler à la messe : elle doit prendre en charge l’homme tout entier. La présence massive de prêtres et de religieuses à Koulikoro prouve que nous avons tous pris conscience de cette responsabilité commune. »
L’abbé Julien Dakouo, prêtre du diocèse de Ségou et Secrétaire Général de l’Union des Prêtres du Mali (UPM) :
« Cette formation nous apprend à écouter : écouter les victimes, les blessés, tous ceux qui cherchent un appui. Nous avons besoin d’outils concrets pour accompagner, avec humanité et avec foi.
Nous devons être des pasteurs proches, capables d’accueillir les souffrances et de redonner espérance. »
Une Église malienne proche, fraternelle et tournée vers l’avenir
Cette session s’inscrit dans le grand projet des FCIM, lancé en 2024 en préparation du centenaire de la congrégation. Mais elle dépasse le cadre d’une seule communauté : elle se veut une étape dans la construction d’une Église malienne unie, enracinée dans sa culture et tournée vers l’avenir.
En réunissant prêtres diocésains et religieuses autochtones dans un même espace de formation, l’initiative prépare une nouvelle génération de pasteurs et de consacrées capables de porter une Église vivante, fraternelle et proche de son peuple, attentive à la dignité et au bien-être de tous, en particulier des plus vulnérables.
Au terme de la session, les participants sont repartis avec une conviction renouvelée : l’avenir de l’Église au Mali dépend de la capacité de ses fils et filles à marcher ensemble, dans la complémentarité et la fraternité. L’expérience vécue à Koulikoro a montré que l’écoute, la formation et la collaboration ne sont pas des idées abstraites, mais des chemins concrets pour bâtir une Église véritablement communion fraternelle au service de l’Évangile.
Rédigé par Sœur Anna Georges Traoré (FCIM)





